Chantier : Séminaire EHESS Paris - L’inclusion scolaire dans tous ses états

Séminaire Ecole & Handicap – Résumé du programme 2016-2017

Le séminaire, créé à la rentrée 2015 et poursuivi à la rentrée 2016, se proposait d’explorer les liens entre l’institution scolaire et le handicap, longtemps pris dans un débat entre les tenants d’une approche par la médicalisation de l’échec scolaire et ceux qui mettaient davantage l’accent sur les lents progrès de l’intégration scolaire des enfants handicapés. Après une première année largement consacrée à des débats autour de la notion de médicalisation de l’échec scolaire et à l’exploration des liens entre le domaine de la santé et celui de l’école, cette deuxième année de séminaire s’est recentrée sur ce qui se passe au sein de l’école et sur la notion d’inclusion scolaire. En s’appuyant sur des travaux issus de différentes disciplines (histoire, sociologie, anthropologie, sciences de l’éducation), les différents intervenants ont ainsi exploré la prise en compte du handicap à l’école dans différents contextes, de la classe ordinaire (séances 4, 5, 6 et 8) à des instituts spécialisés (séances 1, 2, 9 et 11) en passant par des dispositifs intermédiaires comme les classes d’inclusion (séances 3, 7, 10 et 12). Au-delà de cette diversité des contextes de scolarisation, nous avons fait varier les âges (deux séances sur la maternelle (4 et 5), trois sur l’école primaire (3, 6 et 11), trois sur le secondaire (8, 9 et 10)), les types de handicap (sensoriel, mental, psychique) et les contextes nationaux avec une séance (6) sur les formes de collaboration entre psychologues et enseignants à Santiago du Chili.

Positionné en fin de journée, le séminaire a de nouveau réussi le pari d’associer étroitement chercheurs, étudiants et professionnels du champ du handicap, pour nourrir une réflexion pratique et théorique et confronter les expériences des uns et des autres dans un secteur en profonde mutation. Les professionnels ont été moins sollicités que l’an dernier pour présenter eux-mêmes les dispositifs dans lesquels ils œuvrent, de manière à laisser plus de place et de temps pour la présentation des recherches elles-mêmes, mais ils ont été des participants actifs au séminaire lors des temps de discussion.

Après quatre premières séances consacrées à la genèse historique du secteur spécialisé et des politiques d’inclusion animées par des spécialistes de ces questions, le séminaire a été ensuite l’occasion pour de jeunes chercheurs de présenter des travaux empiriques récents menés dans le cadre scolaire, portant tantôt sur les professionnels, tantôt sur les enfants et leurs familles. Ces séances ont alterné avec la présentation, par des chercheurs plus chevronnés, de recherches également en cours sur les modalités concrètes de l’inclusion scolaire d’enfants handicapés.

Nous retenons de ces séances combien l’inclusion scolaire repose sur l’articulation entre des enjeux professionnels, des enjeux scolaires et des enjeux familiaux. La genèse du champ de prise en charge des enfants aujourd’hui appelés handicapés a été longue à se dessiner, depuis les premières classes de perfectionnement au tout début du XXe siècle (comme l’a rappelé Monique Vial en détail lors de la première séance), les transformations profondes opérées sous le régime de Vichy (dont a parlé Michel Chauvière lors de la deuxième séance), le développement des politiques d’intégration à partir de 1975 (cf. l’intervention de Brigitte Belmont et d’Aliette Vérillon), jusqu’au panorama actuel de l’inclusion scolaire (présenté par Isabelle Ville). Elle s’est opérée en plusieurs temps, chaque étape ajoutant à la précédente ses nouveautés, sans pour autant supprimer ce qui existait auparavant et qui reposait sur des champs et des réseaux professionnels déjà bien établis. De nouveaux métiers sont régulièrement créés, comme récemment les enseignants-référents, chargés de faire le lien entre écoles et Maisons départementales des personnes handicapées (profession présentée par Mathieu Laville lors de la septième séance), avec une grande variation des formations et des configurations d’un pays à l’autre (comme le montre le cas chilien présenté par Esteban Radiszcz). Pour les enseignants, l’accueil d’enfants handicapés crée aussi de nombreux bouleversements professionnels et identitaires, comme l’ont détaillé les interventions de Diane Bedoin lors de la cinquième séance (et de Brigitte Belmont et Aliette Vérillon lors d’une partie de la séance précédente). Ces enjeux professionnels doivent s’articuler aux enjeux personnels et familiaux des jeunes accueillis dans ces dispositifs, qui ont été au cœur des trois séances suivantes, à travers les cas des grands adolescents confrontés à des troubles psychiques (présenté par Claude Martin et Céline Rothé lors d’une séance délocalisée pour cause d’occupation de l’EHESS à la date initiale), des jeunes ayant des troubles du comportement (étudiés par Annabelle Allouch et Hélène Buisson-Fenet) et des jeunes présentant un retard mental (enquêtés par Godefroy Lansade dans le cadre de divers dispositifs d’inclusion scolaire). Enfin, les deux dernières séances ont été l’occasion d’une réflexion plus générale sur les parcours des enfants entre ces divers dispositifs, en prenant l’exemple des ITEP dans le cas de la présentation d’Audrey Parron et Melaine Cervera et en présentant ces questions d’un point de vue plus général dans la dernière séance conclusive, construite à partir des travaux actuels de Sofia Rosman et d’Isabelle Ville.